PEA ou assurance-vie pour investir en bourse
Pour loger des actions ou des ETF, deux enveloppes se disputent la place : le plan d'épargne en actions et l'assurance-vie. Elles ne sont pas concurrentes sur tout, et beaucoup d'épargnants finissent par ouvrir les deux. Ce guide met côte à côte ce qui les distingue vraiment : le plafond, la fiscalité au retrait, les supports accessibles, les frais, la transmission.
Deux enveloppes, deux logiques
Le PEA est une enveloppe conçue pour une seule chose : détenir des actions de sociétés européennes, en direct ou par des fonds, avec une fiscalité allégée après cinq ans. Il est tenu par une banque ou un courtier, il est plafonné, et une même personne ne peut en détenir qu'un.
L'assurance-vie est un contrat avec un assureur, qui héberge un fonds euros garanti et des unités de compte choisies dans un catalogue : ETF, fonds, SCPI, parfois titres vifs. Elle n'a pas de plafond, autorise les rachats à tout moment, et transmet le capital hors succession. Sa fiscalité s'allège après huit ans.
Les deux se ressemblent sur un point capital : à l'intérieur de l'enveloppe, vendre un support pour en acheter un autre ne déclenche aucun impôt. C'est ce qui les distingue du compte-titres ordinaire, où chaque plus-value est imposée l'année où elle est réalisée. Sur dix ou vingt ans, ce différé vaut plusieurs points de rendement cumulé.
Le plafond
D'après service-public.gouv.fr (fiche F2385, vérifiée le 22 mai 2026), le plafond de versement du PEA classique est de 150 000 € et celui du PEA-PME-ETI de 225 000 €. Le plafond porte sur les versements, pas sur la valeur du plan : un PEA alimenté de 150 000 € qui en vaut 400 000 € reste valide, mais on ne peut plus y verser.
L'assurance-vie n'a aucun plafond. Un seul seuil existe, fiscal : au-delà de 150 000 € de primes versées, tous contrats confondus par assuré, la fraction des gains excédentaire rachetée après huit ans est imposée à 12,8 % au lieu de 7,5 %. Ce n'est pas une limite de versement, c'est un taux différent sur une partie des gains.
La fiscalité au retrait
C'est le cœur de la comparaison, à lire avant et après le seuil de chaque enveloppe. Les prélèvements sociaux n'ont pas le même taux dans les deux : d'après la fiche F2329 de service-public.gouv.fr (vérifiée le 30 juin 2026), le « gain réalisé ou rente viagère versée en cas de retrait ou de clôture d'un PEA » relève des revenus de placement du cas général, à 18,6 % en 2026, tandis que les produits d'assurance-vie restent à 17,2 % ; la même fiche signale que des règles particulières peuvent s'appliquer aux gains de PEA antérieurs à 2018. Les autres paramètres sont ceux de notre base au 23 septembre 2026 : prélèvement forfaitaire d'impôt sur le revenu à 12,8 %, taux réduit de l'assurance-vie à 7,5 %, abattement de 4 600 € de gains par an pour une personne seule, 9 200 € pour un couple.
| PEA avant 5 ans | PEA après 5 ans | Assurance-vie avant 8 ans | Assurance-vie après 8 ans | |
|---|---|---|---|---|
| Impôt sur le revenu sur les gains | 12,8 % (ou barème) | 0 % | 12,8 % (ou barème) | 7,5 % au-delà de 4 600 / 9 200 € de gains par an |
| Prélèvements sociaux | 18,6 % | 18,6 % | 17,2 % | 17,2 % sur la totalité |
| Total forfaitaire | 31,4 % | 18,6 % | 30 % | 17,2 % jusqu'à l'abattement, 24,7 % au-delà |
| Effet d'un retrait | Clôture du plan | Plan maintenu, versements possibles | Rachat partiel libre | Rachat partiel libre |
Le PEA après cinq ans : les prélèvements sociaux et rien d'autre, sans abattement à surveiller ni plafond de gains exonérés. D'après service-public.gouv.fr, « si les retraits sont effectués après la 5e année du PEA, les gains réalisés sont exonérés d'impôt sur le revenu », mais restent soumis aux prélèvements sociaux.
L'assurance-vie après huit ans applique 17,2 % sur la totalité des gains rachetés, puis 7,5 % d'impôt sur la part des gains qui dépasse l'abattement annuel. Ce qui compte n'est pas le montant retiré mais la part de gains qu'il contient, calculée au prorata du contrat ; notre guide de la fiscalité de l'assurance-vie détaille la formule.
Un exemple. Vous retirez une somme qui contient 10 000 € de gains. En PEA de plus de cinq ans : 1 860 €. En assurance-vie de plus de huit ans, personne seule : 1 720 € de prélèvements sociaux plus 7,5 % de 5 400 €, soit 405 €, au total 2 125 €. Pour un couple, l'abattement de 9 200 € ramène l'impôt à 60 € : total 1 780 €, moins que le PEA. Sur 30 000 € de gains, l'ordre s'inverse : 5 580 € en PEA, 7 065 € en assurance-vie pour une personne seule, 6 720 € pour un couple.
La règle qui en découle : tant que les gains rachetés dans l'année restent sous l'abattement, l'assurance-vie de plus de huit ans est un peu moins taxée que le PEA ; au-delà, le PEA reprend l'avantage, de 6,1 points sur la fraction excédentaire. Le simulateur de rachat donne le montant qu'on peut retirer chaque année sans impôt sur le revenu, pour votre contrat.
Avant le seuil, les deux enveloppes se valent à peu près : 31,4 % au forfait pour le PEA, 30 % pour l'assurance-vie, ou le barème progressif si votre tranche est inférieure à 12,8 %. La vraie différence est ailleurs : un retrait sur un PEA de moins de cinq ans ferme le plan, un rachat partiel sur une assurance-vie jeune ne ferme rien.
Les supports accessibles
Dans un PEA, les titres éligibles sont les actions de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen, et les fonds investis à 75 % au moins en de tels titres (article L. 221-31 du Code monétaire et financier). Cela exclut, en réplication directe, tout ETF monde, américain ou émergent. La porte d'entrée est la réplication synthétique : l'ETF détient un panier d'actions européennes, ce qui le rend éligible, et échange la performance de ce panier contre celle de l'indice visé par un contrat de swap avec une banque. Des ETF monde, S&P 500 ou émergents existent sous cette forme et sont éligibles au PEA. Ils ajoutent un risque de contrepartie sur la banque du swap, encadré et garanti par des sûretés, mais réel ; leur DIC le mentionne, et notre guide lire un DIC explique où le trouver.
Dans une assurance-vie, on accède au catalogue du contrat, et à rien d'autre. C'est à la fois plus large et plus étroit que le PEA : plus large parce que les ETF physiques monde ou américains, les fonds obligataires, les SCPI et le fonds euros sont là ; plus étroit parce que le catalogue est fermé. Dans notre base, Lucya Cardif référence 2 300 supports, Placement-direct Vie 1 300, Linxea Spirit 2 1 100. Notre page ETF en assurance-vie recense ce que chaque contrat offre.
Les frais
Le PEA bénéficie d'un plafonnement légal des frais depuis le 1er juillet 2020, issu de la loi Pacte et du décret n° 2020-95 du 5 février 2020 : les frais de transaction ne peuvent dépasser 0,5 % du montant de l'ordre passé en ligne (1,2 % autrement), les droits de garde 0,4 % de la valeur du plan par an, et les frais de transfert 15 € par ligne. Les courtiers en ligne sont très en dessous de ces plafonds, et beaucoup ne facturent aucun droit de garde. Le coût d'un PEA en ETF se réduit alors aux frais courants des ETF eux-mêmes et à des frais d'ordre à chaque achat.
L'assurance-vie prélève chaque année des frais de gestion sur les unités de compte, 0,50 % sur les meilleurs contrats en ligne de notre base, 0,60 à 0,75 % sur les banques en ligne, davantage en agence, auxquels s'ajoutent les frais courants des supports. Aucun frais d'ordre sur les arbitrages chez les courtiers en ligne. Notre guide des frais d'assurance-vie chiffre l'effet de ce demi-point sur vingt ans.
La transmission
C'est le point où l'assurance-vie n'a pas d'équivalent. Les capitaux versés au décès de l'assuré sont transmis aux bénéficiaires désignés, hors succession, avec un abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, puis un prélèvement de 20 % jusqu'à 700 000 € et de 31,25 % au-delà (article 990 I du CGI) ; pour les primes versées après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique aux primes, et les gains sont exonérés. Le simulateur de succession compare ce que paieraient vos bénéficiaires avec ce que le même capital aurait coûté en droits de succession ordinaires ; la clause bénéficiaire se rédige avec soin.
Le PEA n'a rien de tel. D'après service-public.gouv.fr, « quand la banque est informée du décès du titulaire du PEA, elle doit clôturer le plan » ; les titres passent dans la succession et sont partagés selon les règles ordinaires. Les gains accumulés échappent à l'impôt sur le revenu, mais les prélèvements sociaux sont dus, et la valeur des titres entre dans l'actif successoral taxable après les abattements de droit commun.
Les retraits partiels
Le PEA se comporte différemment avant et après cinq ans. Avant, tout retrait ferme le plan, sauf exceptions énumérées par la loi : licenciement, invalidité, mise à la retraite anticipée, création ou reprise d'entreprise. Après, un retrait partiel laisse le plan ouvert, et service-public.gouv.fr précise que « le PEA continue de fonctionner et il est possible de faire de nouveaux versements » dans la limite du plafond. Rigide jeune, souple ensuite.
L'assurance-vie autorise les rachats partiels à tout moment, sans condition d'âge du contrat, et le contrat continue. Elle permet aussi des rachats programmés, mensuels ou trimestriels, qui transforment un capital en revenu régulier en profitant chaque année de l'abattement ; notre page racheter son contrat décrit la procédure.
Les mots à connaître
PEA : plan d'épargne en actions, enveloppe plafonnée à 150 000 € de versements, réservée aux titres de sociétés européennes, exonérée d'impôt sur le revenu après cinq ans.
Réplication synthétique : technique par laquelle un ETF obtient la performance d'un indice sans détenir ses titres, par un contrat d'échange avec une banque ; c'est ce qui rend un ETF monde éligible au PEA.
Abattement annuel : les 4 600 € de gains par an (9 200 € pour un couple) rachetés sans impôt sur le revenu sur une assurance-vie de plus de huit ans ; les prélèvements sociaux restent dus.
Part de gains : la fraction d'un retrait considérée comme du gain imposable, calculée au prorata des gains dans l'enveloppe, en PEA comme en assurance-vie.
Antériorité fiscale : la date d'ouverture de l'enveloppe, qui fait courir les cinq ans du PEA et les huit ans de l'assurance-vie, quel que soit le montant versé.
Les cas où l'on ouvre les deux
| Critère | PEA | Assurance-vie |
|---|---|---|
| Plafond de versement | 150 000 € | Aucun |
| Seuil fiscal | 5 ans | 8 ans |
| Fiscalité des gains après le seuil | 18,6 % | 17,2 % + 7,5 % au-delà de 4 600 / 9 200 € par an |
| Supports | Actions et fonds européens, ETF synthétiques | Catalogue du contrat : fonds euros, ETF, fonds, SCPI |
| Frais d'enveloppe | Plafonnés par décret, souvent nuls en ligne | 0,50 à 0,75 % par an sur les unités de compte |
| Retrait partiel | Clôture avant 5 ans, libre après | Libre à tout moment |
| Transmission | Clôture au décès, succession ordinaire | 152 500 € par bénéficiaire hors succession |
La plupart des situations ne demandent pas de choisir mais de répartir. L'épargnant qui commence ouvre les deux avec un petit versement pour faire courir les compteurs, et alimente d'abord le PEA en ETF éligibles, l'enveloppe sans frais annuels ; l'assurance-vie reçoit la part sécurisée, sur le fonds euros, une fois l'épargne de précaution constituée. L'épargnant qui a rempli son PEA verse la suite en assurance-vie, où les mêmes ETF sont souvent disponibles. L'épargnant qui pense à la transmission conserve le PEA pour ses propres retraits et loge en assurance-vie la part qu'il destine à ses bénéficiaires.
Pour aller plus loin
- Le simulateur de rachat d'assurance-vie : votre contrat, votre part de gains, forfait ou barème, et le rachat annuel sans impôt.
- Les ETF en assurance-vie : quels contrats référencent quels ETF, à quel prix.
- Choisir son enveloppe : la même question élargie au compte-titres et au PER.
- PER ou assurance-vie : quand l'objectif est la retraite plutôt que la bourse.
Quel support pour quel besoin : choisir son enveloppe
La plupart des épargnants choisissent un produit, puis se demandent où le mettre.
Vincent Barlet · Rédacteur à Savoir Placer. Épargnant, pas conseiller.
Guide mis à jour le 23 septembre 2026 ; relu à chaque changement de règle ou de grille.
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