Les unités de compte, expliquées depuis le début
Tout ce qui n'est pas le fonds euros dans un contrat s'appelle unité de compte : fonds, ETF, SCPI, actions, produits structurés. C'est là que se fait la performance à long terme, et là aussi que se cachent les frais qu'aucune grille de contrat n'affiche. Ce guide explique ce que vous achetez, ce que vous risquez et comment décider de la part à y consacrer.
Un nombre de parts, pas une somme en euros
Un contrat d'assurance-vie ou un plan d'épargne retraite contient deux types de supports. Le fonds euros, sur lequel l'assureur garantit une valeur en euros. Et les unités de compte, sur lesquelles il ne garantit qu'un nombre de parts : « l'engagement de l'assureur porte sur le nombre d'unités de compte et non sur leur valeur » (Code des assurances, art. L. 131-1).
Concrètement, quand vous versez 10 000 € sur un fonds dont la part vaut 100 €, votre contrat inscrit 100 parts. Si la part monte à 120 €, vos 100 parts valent 12 000 € ; si elle descend à 80 €, elles valent 8 000 €. L'assureur ne vous doit rien de plus que ces 100 parts. Vous n'êtes pas propriétaire du fonds pour autant : l'assureur l'est, et votre contrat en reflète la valeur.
Le risque de perte en capital, concrètement
« Risque de perte en capital » est la formule que vous lirez partout. Elle recouvre des réalités très différentes selon le support. Sur un fonds ou un ETF qui détient des centaines d'actions, le risque est celui d'une baisse générale des marchés : forte et brutale parfois, temporaire jusqu'ici pour un investisseur qui n'a pas vendu. Sur une SCPI, c'est le risque de l'immobilier : baisse du prix de la part, loyers en recul, délai pour revendre. Sur une action isolée, la perte peut être totale. Sur un produit structuré, elle dépend d'un scénario écrit dans le contrat.
Deux idées simples aident à raisonner. Le risque se mesure en baisse maximale supportable, pas en performance espérée. Et il se dilue par la diversification et par le temps, et se concentre par l'inverse.
Les familles d'unités de compte
Un catalogue de contrat peut compter quelques dizaines de supports (Yomoni Vie en propose 30, tous en ETF) ou plusieurs milliers (2 300 sur Lucya Cardif, 1 300 sur Placement-direct Vie, 1 100 sur Linxea Spirit 2, d'après notre base). Ils se rangent en six familles.
- Les OPCVM classiques, souvent appelés fonds : un gérant choisit des actions ou des obligations selon une stratégie. C'est la famille la plus nombreuse et la plus chère en frais courants.
- Les ETF, ou trackers : des fonds cotés qui répliquent un indice sans gérant actif, à frais réduits. Notre guide des ETF leur est consacré.
- L'immobilier, sous trois formes : les SCPI, qui détiennent des immeubles et reversent des loyers ; les SCI, qui investissent dans des SCPI et des immeubles ; les OPCI, qui mêlent immobilier et actifs financiers. Notre guide SCPI : comment ça marche détaille la première.
- Les titres vifs : des actions détenues en direct, disponibles sur une minorité de contrats (Linxea Spirit 2, Lucya Cardif, Placement-direct Vie, Fortuneo Vie, BoursoBank Vie dans notre base).
- Les produits structurés : des titres de créance dont le rendement et la protection dépendent d'un scénario sur un indice, avec une échéance et des conditions écrites à l'avance.
- Le private equity et la dette privée : des fonds investis dans des entreprises non cotées, peu liquides, ouverts à l'assurance-vie par étapes depuis la loi Pacte.
Les trois couches de frais
C'est le point que les grilles de contrat ne montrent jamais en entier. Une unité de compte supporte trois couches de frais, prélevées à trois endroits différents.
Les frais du contrat. L'assureur prélève chaque année un pourcentage de l'encours en unités de compte : 0,50 % sur Linxea Spirit 2, Lucya Cardif et Placement-direct Vie, 0,60 % sur Linxea Avenir 2, 0,75 % sur BoursoBank Vie et Fortuneo Vie, 0,75 % dans le contrat bancaire type, qui ajoute 2 % sur chaque versement. Ils figurent dans notre table des frais des contrats.
Les frais du support. Chaque fonds, ETF ou SCPI prélève ses propres frais, déduits de sa valeur avant qu'elle n'arrive sur votre contrat. Ils sont indiqués dans le DIC du support sous le nom de frais courants, et ils sont identiques quel que soit le contrat. Ils varient énormément d'une famille à l'autre : notre guide des frais d'assurance-vie retient comme repères 0,10 à 0,30 % par an pour un ETF indiciel large et 1,5 à 2 % pour un fonds actif ; les SCPI prélèvent de l'ordre de 10 à 12 % hors taxes des loyers (ASPIM), et un contrat ne reverse pas toujours 100 % de ces loyers : 85 % sur Linxea Avenir 2 et Fortuneo Vie, 90 % sur Linxea Vie, 100 % sur Linxea Spirit 2 et Lucya Cardif.
Les frais de transaction. Ils tombent quand vous bougez. Les arbitrages sont gratuits sur tous les contrats en ligne de notre base et coûtent 0,50 % par opération dans le contrat bancaire type. L'achat de parts de SCPI dans un contrat supporte des frais d'entrée, parfois réduits par rapport au direct, et parfois une pénalité de sortie propre au contrat : 3 % avant trois ans sur Linxea Spirit 2.
La conséquence pratique : deux contrats à 0,50 % ne coûtent pas la même chose si l'un vous fait acheter des fonds à 2 % et l'autre des ETF à 0,20 %. Les frais du contrat se comparent entre contrats, les frais du support entre supports ; le coût total est la somme des deux, et c'est lui que mesure le simulateur du coût des placements.
Lire un DIC en cinq lignes
Chaque unité de compte est accompagnée d'un document d'informations clés, le DIC, imposé par le règlement européen PRIIPs (règlement (UE) n° 1286/2014). Trois pages, un format identique pour tous les supports, ce qui permet de les comparer. Cinq lignes suffisent pour une première lecture.
- L'indicateur synthétique de risque, de 1 à 7. Un fonds monétaire est en 1, un ETF actions monde le plus souvent en 4, un produit à effet de levier en 7. Il mesure la volatilité passée et le risque de crédit, pas la qualité du support.
- La durée de détention recommandée. Le plus souvent cinq ans pour un fonds actions, huit à dix pour une SCPI : si votre horizon est plus court, le support n'est pas fait pour vous.
- Les coûts au fil du temps. Le tableau indique ce que vous paierez en euros et en pourcentage par an si vous gardez le support un an et jusqu'à la durée recommandée. C'est la ligne « incidence des coûts annuels » qui se compare d'un support à l'autre.
- La composition des coûts : frais d'entrée et de sortie, frais de gestion récurrents, coûts de transaction du portefeuille, frais de surperformance éventuels.
- L'objectif et l'indice de référence. Ce que le support cherche à faire, et à quoi il se compare.
Le contrat lui-même a son DIC, complété depuis 2022 par un tableau des frais de chaque unité de compte proposée (Code des assurances, art. L. 522-5) et, depuis 2023, par un relevé annuel des frais payés en euros. Demandez-le : c'est le seul document qui additionne les trois couches pour votre contrat.
Choisir sa part d'unités de compte
La bonne part d'unités de compte ne dépend ni de l'actualité ni d'un profil déclaré en cinq questions. Elle dépend de deux choses que vous seul connaissez.
Votre horizon. L'argent dont vous aurez besoin dans moins de cinq ans n'a pas sa place en unités de compte : une baisse peut coïncider avec le moment où vous retirez. Entre cinq et dix ans, une répartition équilibrée est le repère classique ; au-delà de dix ans, une majorité d'unités de compte diversifiées, parce que le temps dilue les baisses et laisse les intérêts composés travailler. Notre pas à pas ETF en assurance-vie cite 80/20 à vingt ans et 50/50 à cinq ans comme repères, pas comme règles.
La baisse que vous pouvez voir sans vendre. C'est le critère le plus important et le moins souvent posé. L'arithmétique est simple : avec 60 % d'unités de compte, une baisse de 30 % des marchés fait perdre 18 % au contrat ; avec 30 %, 9 %. Choisissez la part dont le pire scénario ne vous ferait pas vendre, parce que vendre après la baisse est la seule façon de transformer une perte temporaire en perte définitive.
Ce que la fiscalité fait aux unités de compte
C'est l'avantage le moins visible et le plus durable. Tant que vous ne rachetez pas, les gains des unités de compte ne supportent ni impôt sur le revenu ni prélèvements sociaux, et vous pouvez arbitrer d'un support à l'autre sans rien déclencher. Le fonds euros, lui, voit ses intérêts prélevés de 17,2 % chaque année.
Au rachat, les gains sont imposés selon l'âge du contrat : 12,8 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux avant huit ans ; après huit ans, un abattement annuel de 4 600 € de gains (9 200 € pour un couple) puis 7,5 % jusqu'à 150 000 € de versements, les prélèvements sociaux restant dus (CGI, art. 125-0 A). Notre guide de la fiscalité de l'assurance-vie refait chaque calcul.
Les mots à connaître
- Unité de compte : tout support d'un contrat dont l'assureur garantit le nombre de parts et non la valeur.
- OPCVM : organisme de placement collectif en valeurs mobilières ; un fonds au sens courant.
- ETF : fonds coté qui réplique un indice ; aussi appelé tracker.
- SCPI, SCI, OPCI : les trois formes de l'immobilier en unités de compte, de la plus pure à la plus mélangée.
- DIC : document d'informations clés, trois pages imposées par le règlement PRIIPs pour chaque support.
- Indicateur synthétique de risque : l'échelle de 1 à 7 du DIC, fondée sur la volatilité passée et le risque de crédit.
- Frais courants : les frais annuels du support, déduits de sa valeur ; distincts des frais de gestion du contrat.
- Arbitrage : le transfert d'un support à un autre à l'intérieur du contrat, sans rachat ni fiscalité.
Pour aller plus loin
- Le comparateur de frais chiffre la première couche, celle du contrat, pour votre versement, votre part d'unités de compte et votre durée.
- Le simulateur du coût des placements additionne contrat, supports et mandat pour un coût total.
- Le guide des ETF, la famille d'unités de compte la moins chère, et le guide gestion libre ou pilotée, pour décider qui choisit les supports.
- La page SCPI en assurance-vie, pour la part des loyers et les règles propres à chaque contrat.
Livret ou fonds euros : où mettre l'épargne sûre
Un livret réglementé et un fonds euros d'assurance-vie promettent la même chose : un capital qui ne baisse pas.
Vincent Barlet · Rédacteur à Savoir Placer. Épargnant, pas conseiller.
Guide mis à jour le 23 septembre 2026 ; relu à chaque changement de règle ou de grille.
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