Gestion libre, pilotée ou sous mandat : qui choisit vos supports
Ouvrir un contrat oblige à répondre à une question qu'on n'a pas toujours vue venir : qui va choisir les supports ? Vous, une équipe de gestion et son algorithme, ou un gérant qui vous connaît. Les trois réponses existent, elles ne coûtent pas la même chose, et l'écart de frais se compte en dizaines de milliers d'euros sur vingt ans. Ce guide décrit chacune sans trancher à votre place.
Trois façons de gérer un contrat
Un contrat d'assurance-vie ou un PER se gère de trois manières, et un même contrat en propose parfois deux.
La gestion libre. Vous choisissez les supports parmi le catalogue du contrat, vous fixez la répartition entre fonds euros et unités de compte, vous arbitrez quand vous le décidez. L'assureur exécute. C'est le mode par défaut de la plupart des contrats de courtiers en ligne.
La gestion pilotée, aussi appelée gestion profilée ou gestion déléguée. Vous répondez à un questionnaire, on vous attribue un profil et une allocation type qui va avec. Une équipe de gestion, ou un algorithme qu'elle supervise, choisit les supports et rééquilibre pour tous les clients du même profil. Vous signez pour cela un mandat d'arbitrage, dont vous pouvez changer le profil ou sortir. Les fintechs de notre base en ont fait leur modèle ; beaucoup de contrats classiques la proposent en option.
La gestion sous mandat. Un gérant construit et suit un portefeuille pour vous, pas pour un profil : il tient compte de vos autres avoirs, de vos contraintes, de vos préférences. C'est le mode des banques privées et de certains courtiers, généralement accessible à partir d'un encours élevé.
La gestion libre : ce que vous faites vous-même
En gestion libre, le travail tient en trois décisions et une routine. Choisir la part d'unités de compte selon votre horizon, comme l'explique notre guide des unités de compte. Choisir les supports : trois ETF suffisent à une allocation complète. Fixer une répartition cible. Puis, une fois par an, à date fixe, revenir à cette cible en arbitrant, opération gratuite sur tous les contrats en ligne de notre base.
Ce que la gestion libre exige n'est pas de la compétence financière : c'est de la constance. Ne pas vendre après une baisse, ne pas acheter ce qui vient de monter, ne pas ouvrir l'espace client toutes les semaines. C'est plus difficile qu'il n'y paraît, et c'est exactement ce que la gestion pilotée vend.
La gestion pilotée : ce que fait le gestionnaire
Le gestionnaire fait quatre choses. Il définit une allocation par profil, souvent en ETF chez les fintechs, parfois en fonds classiques chez les assureurs traditionnels. Il rééquilibre régulièrement pour maintenir cette allocation. Il ajuste parfois l'allocation elle-même selon sa lecture des marchés, dans les limites du profil.
Dans un PER, la gestion pilotée a un statut particulier : elle est le mode par défaut. Sauf décision contraire et expresse du titulaire, les versements sont affectés à une gestion à horizon qui réduit progressivement la part d'unités de compte à mesure que la retraite approche (Code monétaire et financier, art. L. 224-3). C'est une protection pour qui ne choisit rien, et un coût pour qui aurait choisi.
Ce qu'elle ne fait pas mérite d'être dit aussi : elle gère un contrat, pas un patrimoine, et elle n'achète pas de meilleurs supports que vous. Les ETF de Yomoni ou de Nalo sont ceux que propose n'importe quel bon contrat en gestion libre.
La gestion sous mandat : la version sur mesure
Le mandat de gestion individuel est un contrat par lequel vous confiez à un professionnel agréé le pouvoir de gérer votre portefeuille selon des objectifs et des limites écrits. Il peut porter sur un compte-titres, un PEA ou les unités de compte d'un contrat d'assurance-vie.
Le coût se compose de frais de gestion sur l'encours, fixés dans le mandat, et des frais des supports choisis, souvent des fonds de la maison ou de partenaires. Il n'y a pas de grille publique comparable à celles des fintechs : chaque établissement a la sienne, et elle se négocie. La question à poser avant de signer est toujours la même : quelle est la somme de tout ce que je paierai par an, en pourcentage de mon encours, supports compris ?
Ce que ça coûte, d'après la base
La gestion libre coûte les frais de gestion du contrat plus ceux des supports. Sur les meilleurs contrats en ligne de notre base, 0,50 % par an sur les unités de compte (Linxea Spirit 2, Lucya Cardif, Placement-direct Vie), auxquels s'ajoutent les frais courants des supports : 0,10 à 0,30 % pour des ETF, d'après les repères de notre guide des frais.
La gestion pilotée s'affiche « tout compris » : assureur, mandat et, le plus souvent, supports. Voici les taux saisis dans notre base pour les contrats d'assurance-vie pilotés, sur la part en unités de compte.
| Contrat | Assureur | Frais annuels sur unités de compte | Ce que le taux additionne |
|---|---|---|---|
| Ramify Vie | Apicil | 1,40 % (1,20 % et 1,00 % selon l'offre) | 0,50 % de contrat et 0,90 % de mandat en offre Premier, dégressif selon l'encours |
| Goodlife (Goodvest) | Spirica | 1,45 % | 0,50 % de contrat et 0,95 % de mandat, d'après la FAQ de Goodvest |
| Yomoni Vie | Suravenir | 1,60 % | 0,60 % d'assureur, 0,70 % de mandat, le reste en frais d'ETF |
| Nalo Patrimoine | Generali | 1,65 % | Assureur, mandat et ETF |
| Goodvie (Goodvest) | Generali | 1,70 % | Assureur, mandat et ETF |
| Contrat en gestion libre à 0,50 % | Spirica, Cardif, Swiss Life | 0,50 % plus les supports | Contrat seul ; ajouter 0,10 à 0,30 % d'ETF |
Côté PER, Ramify PER est saisi à 1,30 % et Yomoni PER à 1,60 %, contre 0,50 % sur Linxea Spirit PER et 0,60 % sur Placement-direct PER en gestion libre.
La comparaison honnête n'est donc pas 1,60 % contre 0,50 %, mais 1,60 % contre 0,50 % plus les frais des ETF, soit 0,60 à 0,80 % : l'écart est proche d'un point par an. Il reste considérable, et il ne rémunère pas une meilleure performance : il rémunère le fait de choisir et d'arbitrer à votre place. Avant de signer un mandat, quel qu'il soit, demandez si le taux annoncé comprend les frais des supports, et lesquels.
Ce que l'écart fait sur vingt ans
Notre comparateur de frais applique le même rendement brut à tous les contrats et ne fait varier que les frais. Sur 50 000 € placés à 4 % brut pendant vingt ans, à 100 % en unités de compte, un contrat à 0,50 % finit à 99 106 € ; un contrat à 1,60 % finit à 79 349 €. L'écart est de 19 757 €, soit un cinquième du capital final, pour 1,1 point de frais par an.
Ce calcul compare les frais de contrat seuls : les 0,20 % d'ETF que paie aussi la gestion libre réduisent un peu l'écart sans le combler. Il ne dit pas non plus ce que vaut la tranquillité, ni ce que coûte une erreur de comportement. Une vente en pleine baisse, suivie d'un rachat après la remontée, peut coûter en une fois plus que dix ans de frais de mandat.
Pour qui
La gestion libre convient à qui peut choisir trois supports, fixer une répartition et ne plus y toucher qu'une fois par an. Elle convient aussi à qui veut des SCPI, des titres vifs ou un support précis que les gestions pilotées ne proposent pas.
La gestion pilotée convient à qui sait qu'il n'ouvrira jamais l'espace client pour arbitrer, à qui a déjà vendu au pire moment une fois, ou à qui veut simplement ne pas y penser et accepte d'en payer le prix. Le point de frais est alors le prix d'un comportement tenu, et il peut être bien dépensé. Elle convient aussi à qui veut une gestion thématique, comme l'investissement responsable de Goodvest, sans la construire lui-même.
La gestion sous mandat convient à qui a un patrimoine assez important et assez complexe pour qu'un gérant regarde l'ensemble, et qui a comparé le coût total du mandat à celui d'une gestion libre ou pilotée. Pour un portefeuille d'ETF de quelques dizaines de milliers d'euros, elle n'apporte rien qu'une gestion pilotée ne fasse pour moins cher.
Passer de l'une à l'autre
Dans un contrat qui propose les deux modes, passer de la gestion pilotée à la gestion libre, ou l'inverse, est un changement d'option : un formulaire ou quelques clics, pas de rachat, pas de fiscalité, l'antériorité fiscale est conservée.
Dans un contrat conçu pour la seule gestion pilotée, comme Yomoni Vie, Nalo Patrimoine ou Goodvie, il n'y a pas de gestion libre vers laquelle basculer. Deux voies restent. Le transfert loi Pacte, qui permet de passer à un autre contrat du même assureur en conservant la date d'ouverture, à condition que cet assureur en ait un au catalogue d'un courtier. Ou le rachat, total ou partiel, suivi d'une nouvelle ouverture ailleurs, avec la fiscalité et la perte d'antériorité que cela implique ; notre simulateur garder ou transférer fait le calcul.
Dans un PER, le transfert vers un autre PER est un droit, gratuit après cinq ans de détention et plafonné à 1 % avant, comme le rappelle notre guide le PER, comment ça marche. Passer de la gestion à horizon par défaut à la gestion libre se fait sur simple demande, à l'intérieur du même plan.
Les mots à connaître
- Gestion libre : vous choisissez les supports et arbitrez vous-même.
- Gestion pilotée, profilée, déléguée : une allocation par profil gérée pour tous les clients du même profil, sous mandat d'arbitrage.
- Gestion sous mandat : un portefeuille construit et géré pour vous par un professionnel agréé, selon un mandat écrit.
- Mandat d'arbitrage : le document par lequel vous autorisez le gestionnaire à arbitrer votre contrat selon un profil.
- Gestion à horizon : le mode par défaut d'un PER, qui sécurise progressivement l'épargne à l'approche de la retraite.
- Frais tout compris : un taux annuel qui additionne assureur, mandat et, à vérifier, supports.
- Antériorité fiscale : la date d'ouverture du contrat, qui déclenche les avantages après huit ans et se perd en cas de rachat total.
Pour aller plus loin
- Le comparateur de frais met Yomoni Vie, Nalo, Goodvest et n'importe quel contrat en gestion libre de la base face à face, pour votre montant et votre durée, en gardant à l'esprit qu'il compare les frais de contrat seuls.
- Le duel gestion libre ou pilotée, qui tranche entre Linxea Spirit 2 et Yomoni Vie, et le duel Yomoni ou Nalo entre deux gestions pilotées.
- Le pas à pas ETF en assurance-vie, qui décrit ce qu'une gestion libre demande vraiment : trois ETF, une répartition, un rééquilibrage par an.
- Le guide des frais d'assurance-vie, pour situer le point de frais de la gestion pilotée parmi les quatre postes d'un contrat.
La fiscalité de l'assurance-vie en une page
L'assurance-vie n'est pas un placement mais une enveloppe, et tout son intérêt est fiscal.
Vincent Barlet · Rédacteur à Savoir Placer. Épargnant, pas conseiller.
Guide mis à jour le 23 septembre 2026 ; relu à chaque changement de règle ou de grille.
Déclaration d'intérêts · Signaler une erreur · Journal des corrections