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Héritage ou prime : que faire d'une somme qui arrive d'un coup

Une somme qui arrive d'un coup, héritage, prime, vente, a une particularité : elle n'a pas d'horizon. C'est à vous de lui en donner un, et c'est la première décision. La seconde est de ne pas la placer d'un bloc dans le premier produit proposé par la banque qui a reçu le virement. Le reste est une question d'ordre, et de plafonds.

La question

Un virement de 100 000 € arrive : un héritage, une prime exceptionnelle, la vente d'un bien. La banque appelle dans la semaine. Que faire, et surtout dans quel ordre ? La question se pose autrement que pour une épargne mensuelle : la somme est là, elle n'a pas d'horizon, et chaque décision est prise une fois.

Ce guide applique le raisonnement de choisir son enveloppe à une somme reçue d'un coup. La première question de l'arbre de décision, « cet argent peut-il être immobilisé, et combien de temps ? », n'a pas encore de réponse : c'est à vous de la construire.

Ce qui compte à ce moment-là

L'horizon, qu'il faut fabriquer. Une somme sans projet finit dans le premier produit venu. Avant de placer, découper : la part qui servira dans deux ans, celle qui servira dans dix, celle qui n'a pas de date. Chaque part a son enveloppe.

L'année fiscale, pour une prime. Une prime s'ajoute au salaire et monte dans les tranches. Un versement sur un PER la même année, dans la limite du plafond, retire du revenu imposable ce qu'il y met : c'est le seul cas où le PER répond à un événement précis.

Les plafonds et les seuils. 22 950 € sur le Livret A et 12 000 € sur le LDDS. 10 % des revenus professionnels sur le PER, plus trois années de report. 70 000 € de garantie par assureur et par personne en assurance-vie. 150 000 € de primes par assuré, tous contrats confondus, au-delà desquels le taux après huit ans passe de 7,5 à 12,8 %. Une grosse somme touche plusieurs de ces bornes à la fois.

Les frais, qui se voient enfin. Sur 100 000 €, un quart de point de frais de gestion fait 250 € par an la première année, davantage ensuite. Deux pour cent sur versement font 2 000 € le premier jour. Ce que l'on tolère sur 50 € par mois devient visible.

L'ordre des décisions

  1. Ne rien faire pendant quelques semaines. La somme va sur un Livret A et un LDDS, jusqu'aux plafonds, et sur le fonds euros d'un contrat sans frais sur versement au-delà. Rien ne baisse, rien ne coûte, tout reste disponible. Le temps de refuser poliment le rendez-vous de la banque et de découper l'horizon.
  2. Solder ce qui coûte plus que ce que l'épargne rapporte. Un crédit à la consommation, un découvert. Un crédit immobilier à taux bas ne se rembourse pas par anticipation avec de l'argent qui peut rapporter davantage net ; c'est un calcul, pas un réflexe.
  3. Le PER, dans le plafond, si la tranche le justifie. À 30 % et au-delà, et si la tranche à la retraite sera plus basse. Quelqu'un qui n'a jamais versé et gagne 50 000 € depuis quatre ans dispose de quatre plafonds : 20 000 € déductibles la première année, soit 6 000 € d'impôt en moins à 30 %, 8 200 € à 41 %. Au-delà du plafond, l'excédent n'est pas déductible et reste bloqué : le plafond disponible est sur l'avis d'imposition. Le simulateur PER met le net à la sortie en face.
  4. L'assurance-vie pour le socle, répartie. Un contrat par assureur, pas trois contrats du même : Linxea Spirit 2, Meilleurtaux Liberté Vie et Yomoni Vie sont chez Spirica ; Linxea Avenir 2 et Fortuneo Vie chez Suravenir. Le podium gros encours prend un contrat par groupe : Linxea Spirit 2 chez Spirica, Lucya Cardif chez BNP Paribas Cardif, Placement-direct Vie chez Swiss Life. Les trois sont à 0 % sur versement et 0,50 % sur les unités de compte.
  5. Les SCPI, seulement au-delà de dix ans. Douze pour cent de frais d'entrée chez Corum Eurion ou Transitions Europe s'amortissent sur vingt ans ; le modèle sans frais d'entrée d'Iroko Zen ou Remake Live impose de tenir cinq ou six ans. La part de la somme qui n'a pas de date peut y aller, dans l'enveloppe adaptée à la tranche : en assurance-vie à 30 % et plus pour une SCPI française, en direct pour une SCPI européenne. Le simulateur direct, assurance-vie ou PER tranche.
  6. Entrer progressivement sur les supports à risque. Depuis le fonds euros du contrat, par arbitrages programmés vers les unités de compte, sur quelques mois. Gratuit sur un contrat à 0 % d'arbitrage.

Les pièges

Le contrat de la banque qui a reçu le virement. Deux pour cent sur 100 000 €, ce sont 2 000 € qui ne travailleront jamais, et 0,75 % de gestion ensuite. L'écart avec un contrat en ligne est chiffré plus bas : 15 348 € sur vingt ans.

Tout placer d'un coup en unités de compte. L'étalement ne rapporte pas plus en moyenne, mais il évite d'entrer en totalité au plus haut, ce qui est la seule erreur qu'on ne peut pas corriger.

Dépasser 70 000 € chez un assureur sans le savoir. La garantie du FGAP compte par assureur et par personne. Un couple qui ouvre deux contrats de 150 000 € chez le même assureur, un au nom de chacun, est couvert à 140 000 €, pas à 70 000 € ; mais deux contrats au même nom chez le même assureur ne sont couverts qu'une fois.

Oublier le seuil des 150 000 € de primes. Il s'apprécie par assuré, tous contrats confondus : répartir entre assureurs ne le contourne pas, répartir entre les deux membres d'un couple, si.

Verser après 70 ans sans y penser. Les primes versées après le soixante-dixième anniversaire ne bénéficient que d'un abattement global de 30 500 € à la transmission. Avant, 152 500 € par bénéficiaire. Un héritage reçu à 68 ans se place vite ; à 72 ans, il se place autrement, et souvent sur un second contrat pour ne pas mélanger les régimes.

La SCPI à 12 % pour cinq ans. Le stress test SCPI montre ce qu'une sortie anticipée coûte quand la collecte se tarit.

Un exemple chiffré : 100 000 € à 45 ans, tranche à 30 %

La somme se découpe en trois. 20 000 € vont sur un PER, quatre plafonds cumulés : 6 000 € d'impôt en moins l'année suivante. D'après le simulateur PER, la même logique poursuivie à 5 000 € par an pendant vingt ans laisse 150 299 € nets si la tranche tombe à 11 % à la retraite, contre 134 014 € pour l'assurance-vie ; 131 299 € si elle reste à 30 %, soit 2 715 € de moins.

Le reste va en assurance-vie, et le choix du contrat se chiffre. Sur 100 000 € placés vingt ans à 4 %, à 100 % en unités de compte, notre comparateur de frais donne :

ContratFraisCapital à 20 ansFrais prélevésManque à gagner
Linxea Spirit 2, Placement-direct Vie0 % / 0,50 %198 211 €14 675 €20 901 €
Linxea Avenir 20 % / 0,60 %194 265 €17 423 €24 847 €
Contrat bancaire type2 % / 0,75 % / 0,50 %182 863 €24 287 €36 249 €

Sans aucun frais, le capital atteindrait 219 112 €. Le contrat bancaire coûte 15 348 € de plus que le meilleur contrat en ligne, et le manque à gagner, qui inclut le rendement que les frais n'ont pas produit, atteint 36 249 €. À dix ans, l'écart entre les deux est déjà de 6 920 €.

Si 50 000 € de la somme n'ont pas de date, ils peuvent aller en SCPI. Sur quinze ans, avec une SCPI au profil d'Iroko Zen (7,14 %, sans frais d'entrée), logée dans un contrat à 100 % des loyers reversés et 0,50 % de frais (Spirit 2 a ce profil, mais n'accepte plus Iroko Zen depuis le 8 mai 2026 ; elle reste accessible via Lucya CNP), le simulateur direct, assurance-vie ou PER donne 28 274 € de résultat net en direct à 30 % de tranche, 37 844 € en assurance-vie, 44 360 € en PER si la tranche à la retraite est de 11 %. À 30 %, la SCPI française n'a rien à faire en direct.

Pour aller plus loin

Le comparateur de frais refait le tableau avec votre montant et votre répartition ; le simulateur PER avec vos deux tranches ; le simulateur direct, assurance-vie ou PER pour la part en SCPI. Pour une somme héritée, le simulateur de droits de succession et celui des droits de donation chiffrent la transmission suivante.

Pour lire ensuite : assurance-vie pour un gros encours, la garantie des dépôts en assurance-vie, les quatre frais d'une assurance-vie, le PER et choisir son enveloppe. Les termes sont dans le lexique.

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Vincent Barlet · Rédacteur à Savoir Placer. Épargnant, pas conseiller.

Guide mis à jour le 23 septembre 2026 ; relu à chaque changement de règle ou de grille.

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Questions fréquentes

Faut-il tout placer d'un coup ou étaler ?
Le fonds euros et les livrets se placent d'un coup : rien ne baisse. Les unités de compte et les SCPI s'étalent plutôt sur quelques mois, non pas parce que l'étalement rapporte plus en moyenne, mais parce qu'il évite d'entrer en totalité au plus haut. Un versement programmé de la somme parquée sur le fonds euros vers les unités de compte, à l'intérieur du même contrat, fait cela sans frais sur un contrat à 0 % d'arbitrage.
Un héritage est-il imposé une seconde fois quand on le place ?
Non. Les droits de succession ont été payés une fois pour toutes, après l'abattement de 100 000 € par enfant. Ce qui est imposé ensuite, ce sont les revenus que la somme produit, selon l'enveloppe : rien avant rachat en assurance-vie, 31,4 % chaque année sur un compte-titres, la tranche plus 17,2 % sur des loyers de SCPI en direct. C'est précisément pourquoi l'enveloppe compte.
Pourquoi pas le contrat que propose la banque qui a reçu le virement ?
Parce que le contrat bancaire type de notre base prélève 2 % sur le versement, 0,75 % de gestion et 0,50 % par arbitrage. Sur 100 000 € pendant vingt ans à 4 %, il finit à 182 863 € contre 198 211 € pour un contrat en ligne à 0,50 % : 15 348 € d'écart. La banque a reçu l'argent ; rien ne l'oblige à le garder.