Faire le point en 2 minutes
Je débuteTous produits12 min de lecture

Qui garantit quoi : dépôts, assurance-vie, SCPI, et ce qui n'est pas garanti

« Garanti » est le mot le plus utilisé et le moins précis de l'épargne. Un livret, un fonds euros, une SCPI et un ETF ne sont pas garantis par les mêmes acteurs, pas aux mêmes montants, et pour certains pas du tout. Ce guide dresse la carte : qui paie si la banque ou l'assureur fait défaut, ce qui n'est couvert par personne, et les trois risques qui ne figurent sur aucun relevé : la liquidité, le change et les taux.

Trois garanties, trois périmètres

Trois mécanismes protègent l'épargnant français si l'établissement qui détient son argent fait défaut. Ils ne se recouvrent pas.

Ce que vous détenezQui indemnisePlafondPérimètre
Comptes courants, livrets bancaires, plans d'épargneFGDR, garantie des dépôts100 000 € par déposant et par établissementSommes déposées ; en 7 jours ouvrables
Livret A, LDDS, LEPÉtat, via le FGDR100 000 € par déposant et par établissement, en plusLivrets réglementés uniquement
Titres sur compte-titres ou PEAFGDR, garantie des titres70 000 € par client et par établissementTitres disparus que l'établissement ne peut restituer ; pas les baisses de valeur
Assurance-vie, capitalisation, PER assurantielFGAP70 000 € par assuré et par entreprise d'assuranceEngagements de l'assureur, tous contrats confondus
Unités de compte, SCPI en directPersonneAucunNi le capital ni les revenus

Les trois premières lignes viennent du site du Fonds de garantie des dépôts et de résolution, la quatrième de celui du Fonds de garantie des assurances de personnes. La dernière est une absence, et c'est celle qui compte le plus.

La garantie des dépôts bancaires : 100 000 €

D'après le FGDR, « les sommes déposées sur vos comptes courants, livrets et plans d'épargne sont couvertes par la garantie des dépôts jusqu'à 100 000 € par client et par établissement », avec une indemnisation « en 7 jours ouvrables ». Le plafond s'apprécie par déposant et par banque : un compte joint compte pour deux déposants.

Les livrets réglementés sont à part. Le FGDR précise que « les livrets d'épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP) sont pour leur part couverts par une garantie de l'État à hauteur, elle aussi, de 100 000 € ». Comme leurs plafonds cumulés atteignent 44 950 € par personne (22 950 € de Livret A, 12 000 € de LDDS, 10 000 € de LEP, d'après service-public.gouv.fr au 1er août 2026), cette garantie couvre la totalité de ce qu'on peut y déposer, sans entamer les 100 000 € des autres comptes.

La garantie assurance : 70 000 € par assureur

L'assurance-vie est une créance sur un assureur. Si celui-ci ne peut plus honorer ses engagements, le Fonds de garantie des assurances de personnes, créé par la loi du 25 juin 1999 et codifié aux articles L. 423-1 et suivants du Code des assurances, intervient. D'après le FGAP, le montant d'indemnisation « est limité à 70 000 euros », relevé « à 90 000 euros pour les rentes d'incapacité ou d'invalidité et celles résultant de contrat d'assurance décès ». Le plafond s'apprécie par assuré et par entreprise d'assurance : pour un souscripteur de trois contrats chez le même assureur, « le plafond de l'indemnisation versée par le Fonds de garantie ne pourra dépasser 70 000 euros » ; pour un contrat souscrit par deux époux, il « serait de 140 000 euros ». Fin 2025, les ressources du fonds représentaient 1 026 millions d'euros.

Deux précisions font toute la différence. Le plafond couvre l'ensemble de vos avoirs chez cet assureur, fonds euros et unités de compte confondus, et il indemnise ce que l'assureur vous devait, pas ce que vos supports auraient dû valoir. Et les contrats portent le nom du courtier, pas celui de l'assureur, alors que c'est l'assureur qui compte. Dans notre base, Linxea Spirit 2, Meilleurtaux Liberté Vie et Goodlife sont assurés par Spirica ; Linxea Avenir 2, Fortuneo Vie et Yomoni Vie par Suravenir ; BoursoBank Vie, Linxea Vie, Nalo, Goodvest et Altaprofits Vie par Generali ; Lucya Cardif par BNP Paribas Cardif ; Placement-direct Vie par Swiss Life ; Linxea Zen par Apicil ; Evolution Vie par Abeille Vie ; Lucya CNP par CNP Assurances.

Ce qui n'est pas garanti : unités de compte et SCPI

Une unité de compte est un support dont la valeur varie : ETF, fonds, SCPI logée dans le contrat. L'assureur s'engage sur un nombre de parts, pas sur leur valeur. Si le support perd 30 %, votre contrat perd 30 % sur cette ligne, et aucun mécanisme, ni assureur, ni FGAP, ni État, ne comble la différence. La garantie des titres du FGDR, elle, joue « à une double condition » : que les titres aient disparu et que l'établissement ne puisse les restituer ; elle « ne couvre pas les variations de valeur que les titres peuvent subir ».

Une SCPI en direct n'a aucune garantie d'aucune sorte. Ni le capital, dont le prix de part peut être révisé à la baisse par la société de gestion ; ni les revenus, qui dépendent des loyers effectivement encaissés ; ni la revente, qui dépend de l'existence d'un acheteur. Le document d'informations clés le rappelle en toutes lettres ; notre guide lire un DIC montre où.

C'est la contrepartie du rendement : un fonds euros garanti a servi 2,6 % en moyenne en 2025 selon France Assureurs, la SCPI moyenne 4,92 % selon l'ASPIM. L'écart paie le risque, et le risque est réel.

Le risque de liquidité : l'exemple de Primopierre

Le risque le moins visible n'est pas de perdre mais de ne pas pouvoir sortir. Une SCPI à capital variable rachète vos parts avec l'argent des nouvelles souscriptions : tant que la collecte est là, la sortie prend quelques semaines. Quand elle s'arrête, les demandes de retrait s'accumulent en « parts en attente », et la société de gestion peut suspendre la variabilité du capital ; les parts ne s'échangent plus que sur un marché secondaire, au prix que les acheteurs acceptent.

Primopierre, gérée par Praemia REIM, en est l'illustration récente. Deuxième SCPI de France en 2023, investie à 94 % en bureaux et à 100 % en France, avec une dette de 41,3 % (ratio ASPIM au 30 juin 2026), elle a vu son prix de part passer de 208 € en septembre 2023 à 115 €, soit −44,7 %. Fin 2025, 2,19 millions de parts étaient en attente de retrait, 11,6 % du capital. La variabilité du capital a été suspendue en janvier 2026 et un marché secondaire ouvert le 26 mars : depuis, seuls les ordres de vente inscrits au registre sont comptés, 146 937 parts au 30 juin 2026 (0,78 %). Ce n'est pas une amélioration, les deux chiffres ne mesurent pas la même chose. Le taux d'occupation financier était de 81,7 % à la même date. À la confrontation du marché secondaire de juin 2026, le prix d'exécution net vendeur a été de 40 € : 65 % sous le prix officiel. Un associé entré en 2023 avec 100 parts, soit 20 800 €, lit 11 500 € sur son relevé et en obtiendrait 4 000 € en vendant.

Aucun de ces chiffres n'était caché ; ils figurent chaque trimestre dans le bulletin. Les SCPI de notre base sans part en attente au 30 juin 2026, Iroko Zen, Remake Live, Corum Eurion, Transitions Europe, Comète, ne sont pas garanties pour autant : leur liquidité tient à leur collecte, et une collecte peut s'arrêter. Le stress test SCPI lit sur chaque SCPI les cinq chiffres qui annoncent ce risque : parts en attente, dette, taux d'occupation, collecte du trimestre, capital variable ou fixe. La table des parts en attente les suit trimestre après trimestre.

Le fonds euros lui-même n'est pas totalement à l'abri : depuis la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016, le Haut Conseil de stabilité financière peut suspendre temporairement les rachats en cas de menace grave pour le système financier (article L. 631-2-1 du Code monétaire et financier), pour trois mois renouvelables. Jamais utilisé, mais écrit.

Le risque de change

Une SCPI ou un fonds investi hors de la zone euro encaisse ses loyers ou ses dividendes dans une autre monnaie, et les convertit en euros pour vous les verser. Si cette monnaie baisse face à l'euro, vos revenus et la valeur de vos parts baissent d'autant, indépendamment de la qualité des immeubles ou des entreprises.

Dans notre base au 30 juin 2026, Comète (Alderan) détient 61 % de son patrimoine hors zone euro, dont 47 % au Royaume-Uni ; Remake Live est à 31,1 % au Royaume-Uni, Iroko Zen à 26,7 %. Ces SCPI achètent en livre sterling parce que les rendements y sont plus élevés, ce qui est aussi une rémunération du risque de change. Un ETF monde est exposé, lui, au dollar pour la plus grande part de son indice. Ce risque n'est pas un défaut : il diversifie aussi, et il joue dans les deux sens. Il faut simplement savoir qu'il existe, et le lire dans le bulletin ou le DIC. Notre page sur les SCPI européennes détaille l'exposition de chacune.

Le risque de taux pour le fonds euros

Le fonds euros ne peut pas baisser : c'est l'effet cliquet. Son risque n'est donc pas une perte en capital mais un rendement qui décroche. Un fonds euros est investi en obligations achetées au fil des années ; quand les taux montent, les obligations anciennes à faible coupon restent en portefeuille et pèsent sur le rendement servi pendant des années. C'est ce qui s'est passé entre 2015 et 2021, quand le fonds euros moyen est passé de 2,3 % à 1,3 % selon France Assureurs, puis à l'inverse depuis 2022, avec une remontée à 2,6 %.

Le second risque, lié au premier, est la course aux rachats : si les taux remontent vite et que les épargnants retirent massivement pour placer ailleurs, l'assureur doit vendre des obligations dépréciées pour payer. C'est le scénario visé par la loi Sapin 2. Les assureurs y répondent par des réserves, la provision pour participation aux bénéfices, qui lissent le rendement dans le temps. Le guide livret ou fonds euros compare les deux sous cet angle, et le simulateur de fonds euros net montre ce qu'il reste après prélèvements sociaux et inflation.

Les mots à connaître

FGDR : le Fonds de garantie des dépôts et de résolution, qui indemnise les dépôts bancaires jusqu'à 100 000 € par client et par établissement, et les titres jusqu'à 70 000 €.

FGAP : le Fonds de garantie des assurances de personnes, qui indemnise les assurés jusqu'à 70 000 € par assuré et par assureur si celui-ci fait défaut.

Parts en attente : les demandes de retrait d'une SCPI à capital variable qui n'ont pas trouvé de souscription en face ; le premier signal du risque de liquidité.

Marché secondaire : le mode de sortie d'une SCPI à capital fixe ou dont la variabilité est suspendue ; le prix y est fixé par confrontation des ordres, pas par la société de gestion.

Effet cliquet : les intérêts crédités sur un fonds euros sont acquis ; le capital ne redescend pas, mais le rendement futur n'est pas garanti.

Comment répartir entre assureurs

La règle découle du plafond : au-delà de 70 000 € chez un même assureur, chaque euro supplémentaire n'est plus couvert que par la solidité de cet assureur. La réponse est la répartition entre assureurs différents.

Répartition de 300 000 €Couvert par le FGAPPart garantie
Un assureur70 000 €23 %
Trois assureurs, 100 000 € chacun210 000 €70 %
Cinq assureurs, 60 000 € chacun300 000 €100 %

Trois principes. Répartir par assureur, pas par contrat : deux contrats chez Spirica ne diversifient rien, un contrat chez Spirica et un chez Swiss Life si. Compter par personne : un couple qui détient deux contrats chez le même assureur, un au nom de chacun, est couvert deux fois 70 000 €. Ne pas payer la répartition : sur les contrats en ligne de notre base, à 0 % de frais sur versement, trois contrats de 100 000 € coûtent la même chose qu'un seul de 300 000 € ; le prix se paie en temps, trois relevés et trois clauses bénéficiaires. Notre page gros encours propose une structure en trois assureurs, et le simulateur de succession rappelle que l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire s'apprécie, lui, tous contrats confondus : la répartition entre assureurs ne le multiplie pas.

Pour aller plus loin

À lire ensuite · Guide · 9 min

Retraite dans dix ans : ce qu'il faut régler maintenant

Dix ans avant la retraite, la question n'est plus d'accumuler le plus possible mais de préparer la bascule : des revenus d'activité imposés à une tranche donnée vers des revenus de remplacement, souvent imposés moins.

Lire

Vincent Barlet · Rédacteur à Savoir Placer. Épargnant, pas conseiller.

Guide mis à jour le 23 septembre 2026 ; relu à chaque changement de règle ou de grille.

Déclaration d'intérêts · Signaler une erreur · Journal des corrections

Questions fréquentes

Mon assurance-vie est-elle garantie à 100 000 € comme mon compte en banque ?
Non. Les 100 000 € par déposant et par établissement sont la garantie des dépôts bancaires, gérée par le FGDR. L'assurance-vie relève d'un autre fonds, le FGAP, dont l'indemnisation « est limitée à 70 000 euros » par assuré et par entreprise d'assurance, tous contrats confondus, en application des articles L. 423-1 et suivants du Code des assurances. Deux contrats chez le même assureur partagent ces 70 000 €.
Les unités de compte de mon contrat sont-elles couvertes par le FGAP ?
Le FGAP couvre les engagements de l'assureur envers vous dans la limite de 70 000 €, ce qui inclut la contre-valeur de vos unités de compte si l'assureur fait défaut. Il ne couvre pas leur baisse de valeur : si votre ETF ou votre SCPI perd 30 %, c'est votre perte, avec ou sans défaillance de l'assureur. Aucun mécanisme ne garantit le capital ni les revenus d'une unité de compte.
Une SCPI peut-elle bloquer mon argent ?
Oui, et c'est le premier risque à comprendre. Une SCPI à capital variable rachète vos parts avec l'argent des nouvelles souscriptions ; sans collecte, les demandes s'accumulent en parts en attente. Primopierre en comptait 2,19 millions fin 2025, soit 11,6 % du capital ; la variabilité du capital a été suspendue en janvier 2026 et le marché secondaire a exécuté à 40 € des parts valorisées 115 €. Au 30 juin 2026, le registre n'affiche plus que 146 937 parts en attente (0,78 %), mais ce sont les seuls ordres de vente inscrits sur le marché secondaire : le chiffre ne se compare pas au précédent. Le stress test lit ce risque sur chaque SCPI de la base.
Comment répartir 300 000 € d'assurance-vie ?
Entre assureurs différents, pas entre contrats : 300 000 € chez un seul assureur sont couverts à 70 000 € par le FGAP, soit 23 % ; trois assureurs à 100 000 € chacun portent la couverture à 210 000 €, cinq à 60 000 € à 100 %. Attention aux noms : Linxea Spirit 2, Meilleurtaux Liberté Vie et Goodlife sont trois contrats chez Spirica ; Linxea Avenir 2, Fortuneo Vie et Yomoni Vie chez Suravenir ; c'est l'assureur qui compte, pas le courtier.